Waswas : comprendre les mauvaises suggestions et savoir réagir
Le waswas désigne une suggestion discrète introduite dans l’âme, sous la forme d’une pensée intérieure ou d’un murmure imperceptible. Elle peut concerner la croyance, la purification, la prière, l’intention ou les relations. An-Nâs décrit « le mauvais conseiller furtif » qui souffle dans les poitrines puis se retire. La sourate enseigne d’abord un réflexe : chercher refuge auprès d’Allah.
Une pensée n’est pas toujours un choix
Des idées choquantes peuvent traverser l’esprit sans être désirées ni approuvées. La souffrance qu’elles provoquent montre souvent que la personne ne les accepte pas. Il faut distinguer l’apparition involontaire d’une pensée, le fait de l’entretenir volontairement et l’acte qui en découle.
Cette distinction évite d’accuser sa foi à chaque passage mental. Le croyant n’est pas chargé de contrôler l’apparition de toute pensée, mais il peut choisir de ne pas la nourrir.
Le remède prophétique : affirmer sa foi, chercher refuge et s’arrêter
Abû Hurayrah رضي الله عنه rapporte que le Messager d’Allah ﷺ a dit :
« Les gens ne cesseront de s’interroger les uns les autres jusqu’à ce que l’on dise : “Allah a créé les créatures, mais qui a créé Allah ?” Que celui qui éprouve quelque chose de cela dise alors : “Je crois en Allah.” »
Abû Hurayrah رضي الله عنه rapporte également que le Messager d’Allah ﷺ a dit :
« Le Diable vient à l’un d’entre vous et lui dit : “Qui a créé ceci ? Qui a créé cela ?”, jusqu’à lui dire : “Qui a créé ton Seigneur ?” Lorsqu’il en arrive là, qu’il cherche refuge auprès d’Allah et qu’il cesse [de poursuivre cette pensée]. »
Ces deux hadiths présentent un remède prophétique en trois étapes complémentaires. La première consiste à réaffirmer sa foi en disant : « Je crois en Allah », afin de revenir à la certitude déjà établie. La deuxième consiste à chercher refuge auprès d’Allah contre le Diable, qui cherche à troubler cette certitude. La troisième consiste à interrompre volontairement la pensée et à ne plus alimenter son enchaînement.
La question « Qui a créé Allah ? » repose en réalité sur une prémisse incorrecte : elle applique au Créateur une règle qui concerne les créatures. Tout ce qui est créé possède un commencement et dépend d’un créateur, tandis qu’Allah est le Créateur, Il n’est pas créé. Une fois cette vérité comprise, répéter intérieurement la même interrogation n’apporte plus de connaissance et ne fait qu’entretenir le waswas.
Il faut ainsi distinguer une véritable question, qui mérite d’être étudiée et posée aux personnes de science, d’une suggestion répétitive revenant malgré une réponse déjà connue. Dans ce second cas, l’enseignement prophétique consiste à rappeler la vérité, à chercher refuge auprès d’Allah, puis à détourner son attention vers une occupation utile sans rouvrir continuellement le même débat intérieur.
Dans les ablutions et la prière : agir selon la certitude
ʿAbbâd ibn Tamîm rapporte, d’après son oncle, qu’un homme se plaignit auprès du Messager d’Allah ﷺ d’avoir l’impression qu’une chose susceptible d’annuler ses ablutions s’était produite pendant sa prière. Le Prophète ﷺ répondit :
« Qu’il ne quitte pas sa prière jusqu’à ce qu’il entende un son ou perçoive une odeur. »
(Ṣaḥîḥ Al-Bukhârî, no 137 ; Ṣaḥîḥ Muslim, no 361)
Ce hadith établit une grande règle : la certitude ne disparaît pas à cause d’un simple doute. Celui qui est certain d’avoir accompli ses ablutions demeure en état de pureté tant qu’il n’est pas certain de les avoir annulées. Le son et l’odeur mentionnés dans le hadith sont des exemples de signes certains : une sensation vague ou une simple impression ne suffit pas pour interrompre la prière ou recommencer les ablutions.
Lorsqu’un doute réel et occasionnel survient pendant la prière, la Sunna indique également comment agir. Abû Saʿîd Al-Khudrî رضي الله عنه rapporte que le Messager d’Allah ﷺ a dit :
« Lorsque l’un d’entre vous doute dans sa prière et ne sait plus s’il a accompli trois ou quatre unités, qu’il écarte le doute et se fonde sur ce dont il est certain. Puis qu’il accomplisse deux prosternations avant de prononcer le salut final. S’il avait en réalité accompli cinq unités, ces deux prosternations rendront sa prière paire ; et s’il en avait accompli quatre, elles constitueront une humiliation pour le Diable. »
La règle avant, pendant et après l’adoration
Shaykh Ibn ʿUthaymîn رحمه الله explique que le doute ne doit pas être pris en considération lorsqu’il s’agit d’une simple impression sans réalité, lorsqu’il revient continuellement au point d’accompagner presque chaque adoration, ou lorsqu’il apparaît seulement après l’achèvement de l’acte, sauf si une erreur est ensuite établie avec certitude.
- Avant l’adoration : la personne se fonde sur son dernier état certain. Si elle sait avoir accompli ses ablutions, une impression vague ne les annule pas. Si elle sait, au contraire, ne pas être en état de pureté et doute seulement d’avoir refait ses ablutions, elle doit les accomplir. Quant à la personne sujette au waswas, elle formule son intention dans le cœur, commence son adoration normalement et ne répète ni l’intention ni le takbîr à cause d’un doute récurrent.
- Pendant l’adoration : un doute réel mais occasionnel est traité conformément à la règle propre à l’acte concerné. Dans l’exemple de la prière, celui qui hésite exceptionnellement entre trois et quatre unités se fonde sur le nombre certain, c’est-à-dire trois, puis accomplit les prosternations de l’oubli. En revanche, lorsque les doutes sont continuels et relèvent du waswas, ils ne sont plus pris en considération : la personne poursuit son adoration sans recommencer les gestes, les paroles ou les unités déjà accomplis.
- Après l’adoration : un doute apparu seulement après la fin des ablutions ou de la prière est écarté. La personne considère son adoration comme valide et ne la recommence pas, sauf si elle acquiert ensuite la certitude d’avoir omis un élément essentiel ou commis un acte qui l’invalide.
Le moment où apparaît le doute n’est donc pas le seul critère : il faut également distinguer le doute occasionnel du waswas répétitif. Répéter constamment les ablutions, l’intention, le takbîr, la récitation ou certaines unités de prière ne sécurise pas davantage l’adoration ; cela nourrit au contraire la spirale du doute. La conduite correcte consiste à apprendre la règle applicable, à l’exécuter une fois avec sérieux, puis à ne pas rouvrir la question à chaque nouvelle sensation.
Mesures concrètes
- réciter An-Nâs en comprenant la demande de refuge ;
- maintenir les invocations authentiques du matin et du soir ;
- réduire les recherches compulsives et les réponses contradictoires ;
- accomplir l’acte une fois conformément à la règle ;
- déplacer volontairement son attention vers une tâche utile ;
- dormir suffisamment et réduire les facteurs qui amplifient l’anxiété.
Quand demander une aide spécialisée ?
Lorsque les pensées prennent plusieurs heures, provoquent des rituels incontrôlables, empêchent la prière ou la vie quotidienne, il est légitime de consulter un professionnel de santé qualifié, tout en poursuivant l’accompagnement religieux fiable. Une difficulté psychologique n’est pas automatiquement un manque de foi, et un traitement adapté ne s’oppose pas au recours à Allah.
Retenir l’enseignement d’An-Nâs
La sourate ne demande pas d’étudier interminablement chaque suggestion. Elle réoriente le cœur vers le Seigneur, le Souverain et la Divinité des hommes. Le refuge est placé auprès de Celui qui domine entièrement le mal contre lequel on cherche protection.
Aller plus loin
Le support d’An-Nâs du programme Juz’ ‘Amma explique la sourate, ses termes, ses mérites et l’équilibre entre protection, rappel, science et obéissance.
Sources
- Le Noble Coran, sourate An-Nâs, 114:1-6.
- Ṣaḥîḥ Muslim, no 134a — Dire : « Je crois en Allah » face au waswas.
- Ṣaḥîḥ Muslim, no 134c — Chercher refuge auprès d’Allah et interrompre la pensée.
- Ṣaḥîḥ Al-Bukhârî, no 137 — Ne pas abandonner la certitude à cause d’un doute.
- Ṣaḥîḥ Muslim, no 361 — Le doute concernant l’annulation des ablutions.
- Ṣaḥîḥ Muslim, no 571a — La conduite à suivre en cas de doute dans le nombre d’unités de prière.
- Tafsîr d’Ibn Kathîr — Commentaire de la sourate An-Nâs.
- Shaykh Muḥammad ibn Ṣâliḥ Al-ʿUthaymîn — Les trois situations dans lesquelles le doute ne doit pas être pris en considération.

